Lorsque j'ai décidé (parce que oui, j'ai décidé, je l'assume) de devenir maman solo, je pensais régler la plupart de mes problèmes d'un seul coup. Je m'étais dit que ça allait être difficile, mais que j'aurais le soutien de ma famille et de mes amis.
Mais je savais aussi qu'en étant celle qui part, j'allais forcément être stigmatisée. Je suis l'être sans cœur, celle qui ne réfléchit pas, qui ne fait pas d'effort pour sauver son couple, qui cède à la facilité. Je suis la mère irresponsable, qui ne pense pas à son avenir, qui se met en difficulté volontairement... Et en plus, je suis au chômage !!!! Du coup je suis aussi celle qui profite des allocations, des aides sociales, du gouvernement...
Du coup j'entrevois un futur un peu moins glorieux que celui que je m'étais imaginé.... Je suis celle qui sera taxée d'inconsciente dès qu'elle dépensera un centime. Ma sœur m'a déjà demandé de vendre ma voiture (une voiture, aujourd'hui, tu n'y pense pas !!!!) et mes parents mon téléphone portable (quelle dépense inutile !).
Je m'attendais à être stigmatisée. Pas à me prendre des coups de toute part. Quand je souris, je suis celle qui se réjouit du malheur des autres. Quand je me plains, je suis une ingrate. Après tout, je me suis foutue dans la merde toute seule, je n'ai qu'à en sortir toute seule. Je n'ai plus le droit d'être heureuse, de sourire et de prendre les choses du bon côté. Je n'ai plus le droit d'être fatiguée, de baisser les bras, de douter.
Et pourtant, c'est maintenant que j'ai besoin d'aide. C'est maintenant que je fais la forte et qu'intérieurement j'ai envie de pleurer. C'est maintenant que je manque de courage face à tout ce que j'ai à faire, que j'ai envie de me planquer sous ma couette et de dormir mille ans. C'est maintenant que j'ai peur de l'avenir, de me retrouver sans maison et sans ressource. C'est maintenant que je sens la rupture arriver et que je lutte pour ne pas couler. J'ai un fils aujourd'hui, je me dois d'être forte pour lui, mais jusqu'à quand y arriverai-je ?
Et là, je pense à ma mère, il y a 35 ans, et à ce qu'à dû être sa vie, au début des années 80 quand elle a fait le même choix que moi avec deux enfants en bas âge. A l'époque, le mot "monoparental" n'existait même pas. Et dans sa famille on ne connaissait pas le mot "divorce" non plus. Mon admiration pour elle ne fait qu'augmenter.
Au moins, moi, j'arrive en terrain conquis. Les choses ont évolué. Les mentalités aussi. Du moins je l'espère.
Alors oui.
J'ai 30 ans.
J'ai quitté mon CDI bien payé pour reprendre mes études pour un boulot de dingue payé une misère pour lequel je ne suis même pas sûre d'être titularisée.
J'ai quitté le père de mon fils pour vivre en maman solo sans ressources et devoir tout assumer toute seule.
Le qualificatif qui revient le plus à mon sujet c'est "folle".
Peut être que je suis folle.
Jusqu'ici, malgré tout, je m'en suis pas trop mal tiré.
J'ai pris ma vie en main, malgré les risques, malgré les doutes et je mène ma barque. Elle tangue, elle prend l'eau, mais elle vogue encore.
Quand je regarde ce que j'ai accompli en 2 ans à peine, je suis fière de moi. Que les autres ne le soient pas, après tout, qu'est-ce que j'en ai à foutre ?
Je ne me suis pas laissée vivre dans un métier qui ne me convenait pas et dans un couple qui ne me rendait pas heureuse. Je ne vais pas me réveiller à 50 ans en me demandant ce que j'ai fait de ma vie.
Elle est trop courte, j'ai encore des choses à vivre et je compte les vivre pleinement.
Et libre.
Je vais garder la tête haute.
J'ai été à bonne école.