dimanche 25 novembre 2018

#Vapote - Se mettre aux liquides DIY

Voilà 1 an et demi à peu près que je me suis mise à la vapote. 

Je te parlais ici de mes premières impressions et ici de mon bilan des 6 mois. 

Depuis, pas mal de choses ont changé. A force de pratiquer, on apprend ce qui nous convient et ce qui fonctionne le mieux. 

Par exemple, je préfère les résistances en céramique aux résistances en coton qui s'usaient trop vite. Les céramiques me tiennent 3 semaines minimum sur des fruités frais en 50/50. 

Pour les liquides, je suis passée au DIY parce que j'avais augmenté ma consommation (parce que c'est bon !). En gros, je fais mes liquides moi-même et c'est carrément moins cher (grâce à une promo et un arome offert, j'ai réussi à faire 3 semaines de vape pour moins de 5 € !). 

Le DIY me faisait peur, mais en fait c'est ultra simple. Dans un kit, tu as un flacon de base, 2 boosters de nicotine et tu achète les aromes à part. Pour le calcule de doses, le site du petit vapoteur propose un calculateur ultra simple, tu rentre juste la quantité de liquide et de booster et ça te dit la quantité d'arômes à rajouter (en général c'est 20 ml pour obtenir 100 ml de produit). Les boosters font 2 mg de nicotine chacun, il faut donc mettre 1 booster et demi pour faire 3 mg (mais du coup, j'achète un kit en 2 mg une fois sur deux puisqu'il me reste des demi-bouteilles de booster, tu suis ?).

J'arrive plus ou moins à savoir quand je vais avoir besoin de passer commande pour que ça arrive avant que je ne manque de liquide, ça m'est arrivé très rarement. 

Au final je suis toujours ravie de la vapote, je n'ai aucune envie de reprendre la cigarette, mais je n'ai toujours pas envie d'arrêter. 

Je fais face aux remarques constantes du "on ne sait pas exactement ce qu'il y a dedans" "c'est encore pire que la cigarette", "pourquoi tu n'arrête pas carrément ?" etc etc. Quand ça vient de fumeurs de cigarettes (comme souvent) (et c'est d'autant plus drôle) je réponds tout simplement que je ne pue pas et qu'on peut comparer nos budgets sans soucis, parce que je gagne à tous les coups. 

Si tu as des doutes ou si tu est contraint(e) d'arrêter parce que ça ne te plait pas/que ça ne te suffis pas. Je dirais que la vape ne convient pas à tout le monde mais surtout qu'elle nécessite de tester plusieurs produits, plusieurs cigarettes, plusieurs dosages et plusieurs goûts pour trouver celui qui te convient le mieux. La vape n'est pas simplement une consommation, c'est une aventure, avec un langage propre et il y a autant de vapoteurs différents que de personnes dans le monde :) 

Bonne vape ! 

                                                                                                                                                                                 


samedi 24 novembre 2018

Lettre au père de mon fils.

A toi, le père de mon fils, 

Toi qui ne donne pas de nouvelles depuis 1 an et qui n'a pas vu ton fils depuis plus de temps encore. Toi qui as disparu de la circulation sans sommation, sans dispute, sans mot d'adieu, juste comme ça, du jour au lendemain. 

Je ne t'en veux pas d'avoir pris la fuite, tu sais. Je sais pourquoi tu l'as fait, je savais quel risque je prenais en tombant enceinte, même si cet enfant nous l'avons fait à 2, d'un commun accord, et que je suis tombée de haut en me rendant compte que tu n'assumerais pas cette grossesse. 

Je m'en suis beaucoup voulue de t'avoir choisi comme père pour notre fils et de t'avoir tout donné pendant 10 ans. Je suis convaincue que cette histoire m'empêchera à tout jamais de faire à nouveau confiance à un homme et, pire encore, je pense qu'elle me dissuadera de faire un autre enfant, tant j'ai peur de me retrouver encore seule. C'est dur d'élever un enfant seule, tu sais ? C'est dur financièrement, c'est dur physiquement et plus que tout, c'est dur psychologiquement. 

Mais, contrairement à toi (enfin, je crois, vu que tu ne lui adresse même plus la parole), je ne regrette pas. Notre fils est la plus belle chose qui soit arrivée dans ma vie et ma plus belle réussite. Evidemment, mes parents y sont pour beaucoup parce qu'il passe beaucoup de temps avec eux, mais quand même, j'ai joué mon rôle dans son éducation et, jusqu'ici, j'ai pas trop mal réussi. 

Et c'est surtout pour ça que je t'en veux, tu sais ? 

Tu ne connais pas ton fils. 

Tu ne sais pas quelle taille ni quel poids il fait. Tu ne sais pas qu'il dessine comme un pied, comme moi, mais qu'il a une passion pour le fromage, comme toi. Tu ne sais pas qu'il déteste ma couleur préférée. Tu ne sais pas qu'il a des goûts musicaux aussi étranges que les miens et qu'il a si bien chanté à la chorale de l'école l'année dernière. 

Tu ne sais pas que c'est un enfant courageux, capable de marcher plus de 10 kilomètres sans ciller, mais qu'il est souple comme une planche à pain, comme moi. Tu ne sais pas ce qu'il veut faire plus tard. Tu ne sais pas ce qu'il a commandé au Père Noël, et crois-moi ça vaut le détour parce que c'est surprenant. Tu ne sais pas qu'il adore imiter Dingo et que ça me rend dingue. Tu ne sais pas qu'il est fan de Monstres & Compagnie, et qu'il est triste parce que Netflix l'a supprimé. 

Tu ne connais pas le nom de sa maîtresse, le prénom de ses copains, ni de sa nounou. Tu ne sais pas qu'il a déjà perdu une dent et qu'une autre bouge déjà. Tu ne sais pas qu'il avait peur de l'eau mais qu'il nage presque maintenant. Tu ne sais pas qu'il a le vertige comme moi, et qu'il a peur des manèges tant qu'il n'est pas dedans. 

Tu ne sais pas à quel point il est gentil, à quel point il veut aider son prochain et qu'il se soucie de ce que je peux penser. Tu ne sais pas qu'il regarde le prix des bonbons pour savoir si je peux lui payer et qu'il partage toujours sa nourriture avec moi, même quand je ne lui demandes rien. Tu ne sais pas comment il m'a remercié de lui changer ses draps quand il a vomi pendant la nuit ni comme il s'excuse d'être malade alors qu'il n'y est pour rien. Tu ne sais pas comment il me laisse faire la sieste quand je suis fatiguée et qu'il vient me caresser les cheveux quand j'ai une migraine. 

Tu ne sais pas à quel point il peut être bavard, et comme il ne supporte pas que je réponde par onomatopées. 

Tu ne sais pas combien il peut être timide et en même temps combien il peut charmer les gens par ses remarques souvent pleines de vérité. 

Tu ne sais pas qu'il t'appelle "Papa S." qu'il garde de toi le souvenir d'un homme formidable qui l'a emmené au Parc Astérix mais qu'il a préféré donner son cadeau de la fête des pères à mon Ex, en me disant "c'est pas que je l'aime pas, mais je ne le vois jamais !". 

Notre fils est extraordinaire, il est drôle, il est malin, il est tendre, il est calme - trop calme même - et il est grand et fort. 

Mon coeur déborde d'amour en permanence pour lui et c'est pour ça que je t'en veux, parce que toi, tu ne vois pas tout ça et parce que toi, tu ne l'aimes pas. 

Tu me diras sûrement le contraire, mais pour un homme qui ne supportait pas de ne pas entendre sa fille respirer la nuit, tu marque clairement la différence entre tes deux enfants. 

Nos histoires d'adultes ne concernent que nous. 

Mais mon fils mérite d'être aimé, choyé, protégé. 

Même si je travaille en horaires décalés et qu'il doit suivre un rythme qui n'est pas de son âge, je me soucie de son bien être, je ferai toujours passer ses besoins avant les miens, quitte à ne plus avoir de vie sociale, je m'en fous. 

Parce que c'est mon fils et que je l'aime, bien plus que je ne t'ai jamais aimé, même si ça t'as toujours horripilé. Il a besoin de moi, toi tu es grand, tu as 43 ans, je penses que tu es capable de t'assumer, de te regarder devant la glace et de voir l'homme que tu es vraiment. 

Quoi qu'il en soit, si un jour tu te rappelles que tu as un fils et que tu souhaites voir quel ange merveilleux c'est, ce sera à toi de faire la démarche, de te faire pardonner et de l'amadouer et je pense que ce ne sera pas facile. Mon fils n'est pas bête, l'excuse du "il a beaucoup de travail" n'a pas fonctionné longtemps. Et, comme avec moi, il te faudra bien plus qu'un chèque pour acquérir son affection. 

L'amour ne s'achète pas, il se gagne à force d'abnégation, de gestes, de nuits passées à ramasser le vomi, de câlins dans le canapé, de sapins décorés ensemble, de sorties à la foire st Romain ou à la ferme pédagogique, d'escales à la mer, de crêpes faites à 4 mains et de bonheurs partagés. 

Beaucoup de gens n'ont pas la chance que tu as d'avoir eu un enfant en bonne santé. Je le vois chaque jour. 

Je remercie le Ciel en permanence pour ça. 

J'espère qu'un jour tu mesureras l'ampleur de tes erreurs et que tu auras au moins des regrets. 

Parce qu'il le mérite. 


jeudi 25 octobre 2018

Best Of Poisse

Depuis presque toujours, je suis une poissarde. C'est un fait, je l'ai accepté depuis ma plus tendre enfance, j'essaie de le prendre à la rigolade parce que c'est mon karma. Je sais qu'il y a bien pire ailleurs, que vous avez sans doute des milliers d'exemples à me fournir qui sont pires que les miens et je suis désolée pour vous. Vous ne trouvez pas ça fatigant ? Personnellement, ça m'arrive par grappes et je ne sais jamais quand ça va s'arrêter. J'en deviens particulièrement méfiante, au point de redouter toutes les lettres dans ma boite au lettre et à craindre le pire. 

Par exemple, je ne demande plus aucune aide sociale parce que la dernière fois que j'ai touché les APL, à la fin de l'année la CAF m'a demandé d'en rembourser l'intégralité parce que finalement je n'y avais pas droit. Je ne profite pas de mon CE parce que si tu ne déclare pas proprement tes avantages aux impôts tu peux te prendre un contrôle fiscal et je sais pertinemment que ça va me tomber dessus. Je me fais tout le temps contrôler par les flics en voiture, même si je n'ai rien fait, juste comme ça. Je prends le bus rarement et 1 fois sur 2 il y a les contrôleurs. Ce ne sont que des coïncidences mais je ne sais pas comment font les gens pour frauder ou profiter indûment des aides sociales parce que pour moi c'est parfaitement impossible ! 

Comme je le disais, ce n'est pas grave, mais c'est pénible. 

Par exemple, la voiture : 

J'ai acheté une voiture d'occasion (4 ans, 40 000 kilomètres). Dans les 6 mois elle est tombée en panne et citroën a refusé de faire les réparations parce que j'avais attendu trop longtemps pour faire l'entretien. Quand j'ai voulu changer les pneus, j'ai appris que la taille de mes pneus était rarissime et qu'ils coûtaient 100 € pièce. Mon turbo est mort. Mon système d'injection est mort. Mon système anti-pollution est mort. Et je ne parle même pas de toutes les fois où je me suis fait rentrer dedans/rayé la voiture alors que je n'avais rien demandé. 

Cette année : ma voiture est tombée en panne et j'ai du lâcher 800 € pour la faire réparer. Tout ça pour qu'elle retombe en panne, définitivement, il y a plus d'un mois. Aucune casse ne voulait la reprendre parce que personne n'achète ce modèle. J'ai fini par la refourguer pour 300 €. J'ai commandé une voiture neuve en me disant "c'est du neuf, je vais être tranquille". Sauf qu'en fait elle est coincée chez le concessionnaire pour défaut d'airbags pour une durée indéterminée. 

Maintenant, la machine à laver : 

Ma bonne vieille machine, qui avait 10 ans, est malheureusement tombée en panne. Quand j'ai déménagé, j'avais une machine à laver de moins de 5 ans dans l'appartement, pas besoin d'en acheter, super ! Sauf qu'elle est tombée en panne la première année. J'ai du avancer l'argent de la réparation (250 €) que mon proprio a remboursé (mais ça m'a mis dans la merde financière quand même). 15 jours après, elle est retombée en panne (mais une autre panne sinon c'est pas drôle) et mon proprio veut que je vérifie d'où ça vient avant de la faire réparer. (LOL)

Je te passe la perte de mes lunettes de soleil à ma vue sans lesquelles je ne suis plus rien, les poux, les chats qui viennent de ruiner le papier peint de ma salle de bain (la seule pièce avec les toilettes où j'ai du papier peint) (pourquoi alors que ça fait 1 an et demi qu'on vit ici ils me font ça maintenant je n'en sais rien), la xbox one que j'ai eu pour mon anniversaire mais à laquelle je ne peux pas jouer parce que ma télé est trop vieille... 


Voilà, je sais, c'est con, mais j'en ai marre d'être maraboutée sérieux. 

Qui que soit le mage vaudou qui me persécute, j'ai compris, c'est bon. 

OUBLIE MOI PUTAIN !!! 



mardi 23 octobre 2018

C'est quoi réussir sa vie en 2018 ?

En fait, je vais être redondante aujourd'hui. Oui, parce que j'ai déjà fait un article sur le sujet en 2012. Mais 6 ans plus tard, rien n'a changé. A chaque fois que je parle avec des amis, ça me saute au visage. 

En effet, quand tu as entre 30 et 40 ans, la pression sociale devient très insistante. Dans l'inconscient collectif, à 35 ans tu dois être marié ou au moins installé avec quelqu'un, avoir 1,8 enfants, devenir propriétaire, faire des voyages instagramables, avoir un travail stable. Je ne parle même pas du fait que, si tu es une femme, tu dois tenir ton intérieur à la perfection, t'investir dans la vie des parents d'élèves, faire du sport plusieurs fois par semaine et avoir une vie sociale épanouie. 

Je suis très admirative des personnes qui ont rempli tous ces critères et plus encore de ceux qui sont parfaitement heureux et épanouis de cette façon. J'aime les gens heureux. 

Mais le problème avec cette pression sociale, au delà du fait qu'elle te fais te sentir complètement con quand tu te compare aux autres, c'est qu'en plus elle pousse de plus en plus de gens à faire des choix incohérents juste pour te sentir un peu plus dans le moule. 

La plupart des célibataires sans enfants dans cette tranche d'âge que j'ai pu rencontrer a au moins une fois dans sa vie pris des décisions complètement stupides juste pour se sentir "comme tout le monde". Ce qui est amusant, c'est que même sur Tinder, réseau social connu pour être en général réservé aux rencontres d'un soir, j'ai trouvé pas mal de mecs qui voulaient absolument s'installer rapidement avec une nana qu'ils connaissaient à peine juste parce qu'ils n'en pouvaient plus d'être encore célibataires à leur âge. D'ailleurs, j'en suis arrivée à la conclusion qu'il n'existe plus que 2 styles de mec : ceux qui veulent coucher tout de suite, et ceux qui veulent s'installer tout de suite. Entre les deux, c'est le néant (ou presque) (bon d'accord, j'exagère mais c'est mon blog je fais ce que je veux). 

Sauf que voilà, on peut avoir 30 ans et ne pas vouloir d'enfants. On peut avoir 30 ans et ne pas avoir d'argent de côté. On peut être locataire, ne pas avoir d'animal de compagnie ou de voiture. On peut avoir envie de voyager plusieurs mois ou pas du tout. On peut aimer faire la fête toutes les semaines ou geeker tous les soirs. On peut être célibataire et vouloir le rester, enchaîner les histoires courtes ou être avec quelqu'un et vouloir prendre son temps. 

Pour ma part, 6 ans plus tard, je n'ai toujours pas réussi à rentrer dans le moule. J'ai essayé, pourtant. Mais ça n'était pas pour moi.  

Ai-je pour autant raté ma vie ? J'ai fait des trucs passionnants et j'ai des rêves plein la tête. J'ai l'impression de rajeunir de jour en jour et que la vie à encore beaucoup à m'apporter. Je ne dis pas que ma vie est meilleure que celle des autres, bien sûr que non, mais elle me correspond, à moi et à moi seule. Peut-être que je finirai par m'installer avec quelqu'un ou peut-être pas. Peut-être que je ferai un autre enfant ou peut-être pas. Peut-être que je me marierai un jour ou peut-être jamais. Je ne me ferme à rien mais je sais aussi qu'on peut être heureux, autrement. 


vendredi 12 octobre 2018

Adieu Simone...

Je sais que c'est con, mais j'ai toujours eu une affection toute particulière pour mes voitures. Quand j'étais petite, je leur parlais et maintenant je n'ai pas beaucoup changé. Il y a 5 ans je disais Adieu à Titine, ma première voiture. Aujourd'hui, j'ai dit Adieu à Simone.

Cette voiture, une voiture de maman, la première voiture à mon nom, a été ma compagne pendant 5 ans et 165 000 kilomètres. J'y ai vécu plein d'aventures, d'émotions, de craintes et d'angoisses, aussi. Le Nord (jusqu'en Belgique), le Sud, l'Est, l'Ouest, la mer et la montagne, les petites routes de campagne et les grandes autoroutes. Je me suis embourbée, j'ai crevé, j'ai frotté, j'ai tapé, j'ai glissé, j'ai eu des frayeurs et j'ai beaucoup chanté et rigolé. 

Ma voiture, ce n'est pas seulement un moyen de transport. C'est un nid à souvenirs. C'est un endroit où on tisse des liens, familiaux, amicaux, amoureux. C'est un endroit où je me réfugie quand je suis pas bien, quand je suis sur le point de craquer, quand j'ai besoin d'être seule, de me vider la tête et le coeur. Une voiture c'est un exutoire et ça me donne l'impression d'être libre. 

En vidant Simone ce matin, j'ai retrouvé plein de vestiges de ma vie de maman de bébé et j'ai eu une grosse bouffée de nostalgie. En signant les papiers de cession au mec super baraqué de la casse, j'ai failli m'écrouler en larmes. Parce que, malgré ma volonté de me débarrasser de ce gros tas de ferrailles, c'est une partie de ma vie qui est partie avec lui. 

Adieu Simone. 














dimanche 2 septembre 2018

Faire le deuil...

C'est marrant comme parfois, on a l'impression de vivre des événements sans vraiment être là, comme si notre esprit avait besoin de souvenirs pour digérer l'information. 

Il y a 6 ans, je te parlais ici de l'accident auquel j'avais assisté et qui m'avait profondément marquée. Il ne m'a jamais quitté, depuis. Chaque année, à la date anniversaire - le 28 juillet - je repense aux victimes. A d'autres moments aussi, quand j'ai eu mon fils, quand j'ai passé ma formation de premiers secours, dès que je vois un gilet jaune sur le bord de la route... Cette année, n'y tenant plus, j'ai lancé une bouteille à la mer. 

A l'époque, quand j'avais fait ma déposition, les gendarmes m'avaient parlé de famille dans un patelin de Normandie proche du miens. Je n'avais jamais osé pousser les recherches, laissant la famille à son deuil, gérant le miens comme je le pouvais. Cette année, j'ai finalement décidé de faire une demande publique sur un groupe Facebook d'Evreux, en me disant que, peut-être, si quelqu'un voyait mon message, j'arriverais à avoir des informations, à discuter, à exorciser ce que j'avais vécu. 

J'ai reçu beaucoup d'encouragements, quelques insultes, aussi, de personnes qui m'accusaient de rouvrir des plaies à peine refermées dans la famille. C'est peut-être vrai, c'était peut-être égoïste de ma part mais, en discutant avec les amies avec qui j'étais à l'époque, j'ai découvert que je n'étais pas la seule à n'avoir pas pu tourner la page. Nous sommes toutes restées coincées sur cette route entre Rennes et Quimper. 

Quelques jours plus tard, une personne m'a contactée pour me donner des informations qu'elle avait dégotée sur internet. J'avais enfin des noms, des âges. Cela m'a fait un effet incroyable. Comme si ces vies devenaient concrètes. Ce n'étaient pas que des victimes. Ce soir là, j'ai traîné des heures sur le net à voir sous mes yeux leurs vies s'étaler. Ils avaient des amis, des collègues, une carrière. 

Grâce à ces recherches, nous avions un lieu de sépulture. Nous nous y sommes rendues hier, toutes ensembles, réunies pour la première fois depuis 6 ans. Quand nous sommes arrivées dans ce cimetière de région parisienne, entouré d'arbre, nous avons été choquées par la taille de l'endroit. Nous pensions trouver assez facilement, mais le lieu était immense. Enfin, nous avons trouvé le gardien et il m'a dit qu'il pourrait peut-être retrouver leurs noms dans ses registres. 

"En 2012, vous dites ?"
"Oui, ils étaient 4, sous le nom X ou Y, peut-être les deux".
" Une famille ? Celle qui est décédée dans un accident de voiture ?"
"Oui, ce sont eux". 
"La voiture a pris feu, c'est ça ? Je l'avais vu à la télévision". 

C'était dingue, comme si tout devenait réel. Il nous a emmenées devant la grande pierre tombale en granit rose, gravée d'un coeur et d'une colombe, où leurs 4 noms étaient inscrits en lettre dorées. 4 noms, 4 dates de naissance et la même date de décès. 

Nous avons revécu tout l'accident ensemble. Revoyant des scènes, revivant des sensations, ressassant cette impuissance et cette culpabilité de ne rien avoir pu faire. C'était terrible. Et puis, à côté de ça, nous avons eu du mal à trouver de la place pour poser notre modeste pot de fleur. La tombe entière était recouverte de plantes et de petits cailloux posés en forme de coeur. Ils n'étaient pas seuls, perdus dans ce cimetière, ils étaient visités, reconnus, aimés. 

J'ai proposé à mes copines de boire un verre après, parce que ma gorge était serrée et que j'aurais eu du mal à reprendre la route sitôt après. On s'est posées en terrasse, on a échangé des souvenirs, on a pas mal rigolé. 

La vie a repris son cours. 

Je n'ai pas oublié, je n'oublierai jamais. J'ai changé de vie pour me consacrer aux autres et c'est en partie parce que je crevais de rester inutile, sans pouvoir changer ce qui s'était passé. Ils feront toujours partie de moi. 

L. aurait 10 ans. W. 8 ans. R. n'avait que 5 ans de plus que moi. F. se consacrait au développement de la culture en Bretagne. 

Nous avions des points communs. Nous aurions pu être amis. 

Comme une amie, j'aurais toujours une pensée pour eux, pour cette sépulture rose, au milieu des arbres, fleurie par leurs proches. 

à

samedi 16 juin 2018

5 ans

Je n'arrive pas à croire que tu partages ma vie depuis déjà 5 ans. 

J'ai du mal à repenser à ce petit être lové dans mon cou quand je vois le jeune garçon que tu es devenu aujourd'hui. 

Quand je vois mes patients chaque jour, je ne réalise pas que tu faisais toi aussi cette taille, autrefois. 

J'ai un peu bousculé ton équilibre ces dernières années. Tu as vécu 2 déménagements, 2 écoles, 2 maîtresses et des tas de copains à te refaire. 

Quand tu es rentré en maternelle, tu étais asocial, tu frappais, tu mordais pour exprimer ta peur, ta rage et ta frustration face à tous ces changements. 

Aujourd'hui tu es un formidable moyen, plus tout à fait petit, mais pas encore tout à fait grand. Tu as l'air tellement bien dans tes baskets, malgré tout ce que tu as vécu, que ça tient du miracle (et un peu de la psy du boulot, aussi). Tu commences à avoir ta personnalité, des idées plus tranchées sur le monde. J'aime découvrir les goûts que nous avons en commun et ceux qui nous séparent. 

J'aime ta sensibilité, ta curiosité, j'aime quand tu me demandes ce que veulent dire les paroles d'une chanson et que tu es surpris, parce que dans ton imaginaire tu avais déjà construit tout un scénario. 

Tu n'es plus le petit garçon en colère, tu es un enfant plein de vie et plein de joie.  

Tu me rends fière de toi en permanence, quand tu choisis un nouvel élève qui ne parle pas français comme meilleur ami, quand tu vas vers les personnes âgées ou les handicapées avec un regard tendre et ouvert. Quand tu comprends la valeur des choses, que tu renonces à certains plaisirs de ton âge parce que tu sais que je n'ai pas les moyens de te les offrir et que tu me dis que ce n'est pas grave maman, que c'est pas important. 

J'ai de nombreux remords, quelques regrets, mais toi, tu seras toujours la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. 

Bien sûr, comme toutes les mauvaises mères, j'apprécie les week-end où tu es chez tes grands parents pour pouvoir dormir et ne penser qu'à moi, même quand je travaille. 

Mais tu me manques aussi. J'aime sentir ton odeur, j'aime ta petite voix fluette et j'aime tes bras autour de mon cou. J'aime quand tu me racontes ta journée et quand tu me demandes ce que moi j'ai fait de la mienne. 

Je te promets qu'à partir de maintenant, je vais travailler dur pour t'offrir une vie stable et sereine, une vie d'enfant, une vie de famille. Et je te garantie que le Barbu y travaille chaque jour, lui aussi. 

Nous t'aimons, mon fils, plus fort que les étoiles, plus fort que la Lune, plus fort que Saturne. 

Joyeux Anniversaire.